S’adapter à la surdité : comprendre ses multiples visages pour mieux la reconnaître

Informer, soutenir, agir pour l’audition en Haute-Savoie

Les grandes familles de surdité selon l’origine

La surdité liée au fonctionnement de l’oreille interne : la surdité de perception

La surdité de perception, appelée aussi surdité neurosensorielle, est causée par une atteinte de l’oreille interne (cochlée) ou du nerf auditif. C’est la forme la plus fréquente, notamment chez l’adulte. Elle représente entre 85% et 90% des surdités selon l’OMS (OMS, surdités).

  • Caractéristiques : on observe des troubles de la compréhension, surtout dans le bruit ou lorsque plusieurs personnes parlent en même temps.
  • Signes repérables :
    • Parole entendue mais mal comprise (impression de sons lointains, déformés ou atténués)
    • Voix des autres perçues comme « floues »
    • Incapacité à distinguer certains sons aigus (chants d’oiseaux, cloches…)
  • Causes principales : vieillissement de l’oreille (presbyacousie, principale cause chez les plus de 60 ans en France), traumatismes sonores, maladies génétiques, infections virales, traitements ototoxiques (certains chimiothérapies, antibiotiques).

L’appareillage auditif ou, dans les cas les plus sévères, l’implant cochléaire, sont alors à envisager en fonction du diagnostic posé par l’audiogramme.

Les troubles liés à la transmission du son : la surdité de transmission

Dans la surdité de transmission, le problème se situe dans l’oreille externe ou moyenne : pavillon, conduit auditif, tympan, osselets. Elle concerne environ 7 à 10 % des surdités en France (Ameli.fr).

  • Manifestations :
    • Sensation d’oreille « bouchée », diminution globale du volume des sons
    • Parole perçue comme moins forte, mais pas forcément déformée
    • Les bruits graves peuvent être mieux perçus que les sons aigus
  • Exemples de causes : otites à répétition, bouchons de cérumen, perforation tympanique, otospongiose, malformations de l’oreille externe.
  • Bien souvent ce type de surdité peut bénéficier d’une correction médicale ou chirurgicale (retrait d’un bouchon, pose d’aérateurs, réparation tympanique…).

Mélange des deux mécanismes : la surdité mixte

La surdité mixte résulte à la fois d’un souci de conduction du son (oreille externe ou moyenne) et d’une atteinte de la cochlée ou du nerf auditif. Cela se rencontre, par exemple, chez des enfants avec des otites répétées sur une oreille dont la cochlée est déjà fragilisée, ou chez des adultes présentant à la fois une otospongiose et une presbyacousie.

  • Les capacités de compréhension sont souvent plus réduites que dans les deux cas précédents isolés.
  • L’audiogramme montre une courbe mixte qui oriente le diagnostic, et le traitement combine souvent appareillage et, si possible, intervention chirurgicale ou médicale.

Cette forme demande donc un suivi pluridisciplinaire particulièrement attentif.

Surdité d’une ou des deux oreilles : impact sur la perception

Surdité unilatérale : quand une seule oreille est touchée

On parle de surdité unilatérale lorsqu’une seule oreille est atteinte. 3 à 6 enfants sur 10 000 naissent chaque année en France avec une surdité unilatérale profonde (HAS, 2019).

  • Conséquences :
    • Difficulté à localiser l’origine d’un bruit
    • Fatigue plus rapide en milieu bruyant, incompréhensions fréquentes à l’école ou au travail
    • Moments de « flottement » lorsque l’enfant ou l’adulte n’a pas pu tourner la tête du bon côté

Un soutien pédagogique et des stratégies de compensation sont importants, surtout chez l’enfant en classe ou à la crèche.

Surdité bilatérale : les deux oreilles concernées

Lorsque la perte auditive touche les deux oreilles, elle est dite bilatérale. Les impacts sont généralement plus marqués :

  • Risques sur l’acquisition du langage oral chez l’enfant, surtout si la surdité est congénitale ou sévère
  • Retentissement sur la communication et la vie sociale à tout âge

Dans ces cas, le diagnostic précoce et la prise en charge multidisciplinaire (orthophoniste, audioprothésiste, services spécialisés) sont essentiels.

Surdité légère à profonde : comprendre les degrés d’atteinte

On classe la surdité en fonction de la perte auditive mesurée en décibels (dB HL) sur l’oreille la plus atteinte. Voici le schéma généralement admis :

Stade Perte en dB HL Description
Légère 20-39 dB HL Sons faibles ou lointains difficiles à entendre, gêne en classe ou en réunion
Modérée 40-69 dB HL Parole difficile à percevoir sans élever la voix ; recours fréquent à la lecture labiale
Sévère 70-89 dB HL Perception de la voix très atténuée ; mots perçus comme des chuchotements très lointains
Profonde >= 90 dB HL Seuls les bruits très puissants peuvent être perçus ; accès au langage oral très difficile sans aide technique ou code visuel

Inserm

Les besoins ne seront pas les mêmes : une surdité légère peut nécessiter des adaptations discrètes (positionnement en classe, appareils si besoin), tandis qu’une surdité profonde implique en général des solutions plus globales (appareillage spécifique, recours à la langue des signes ou à la LPC – Langue française Parlée Complétée).

Les particularités de la surdité évolutive

Une surdité évolutive est une surdité qui progresse dans le temps. Elle peut apparaître à tout âge, mais de nombreux cas sont observés en lien avec :

  • Des maladies génétiques (syndrome d’Usher, Pendred, etc.)
  • Le vieillissement auditif (presbyacousie)
  • Certains traitements toxiques pour l’oreille interne (aminosides par exemple)
  • Des otites chroniques mal soignées

Les signes d’alerte à surveiller :

  • Baisse progressive de la perception des sons aigus puis graves
  • Baisse de compréhension, malgré les appareils ou lorsque plusieurs personnes parlent
  • Hausse du volume de la télévision ou de la voix

Une surveillance ORL régulière et la réalisation d’audiogrammes sont souhaitables. La précocité de la prise en charge permet de limiter le retentissement social, scolaire ou professionnel.

Quand la surdité apparaît soudainement : quelles causes possibles ?

La surdité brusque correspond au terme médical de « surdité subite ». Elle se manifeste généralement sur une seule oreille, en l’espace de quelques minutes à 72 heures. Elle touche jusqu’à 5 personnes sur 100 000 par an (Medscape).

  • Causes potentielles :
    • Infections virales (herpès, oreillons…)
    • Traumatismes crâniens, barotraumatismes (plongée, dépressurisation…)
    • Accidents vasculaires de l’oreille interne
    • Pathologies immunitaires rares
  • Symptômes associés : bourdonnements intenses, vertiges, sensation d’oreille bouchée.

C’est une urgence médicale: consulter rapidement un ORL (idéalement dans les 24-48 h) maximise les chances de récupération, qui restent variables (de 30 à 60 % selon la littérature spécialisée).

Surdité de perception : difficultés de compréhension dans le bruit ou en groupe

Surdité temporaire ou permanente : nuances essentielles

  • Les surdités temporaires guérissent en principe après traitement de leur cause :
    • Bouchon de cérumen
    • Otite aigüe
    • Barotraumatisme simple
  • Les surdités permanentes résultent de lésions définitives (destruction des cellules ciliées par traumatisme sonore, génétique, maladie chronique ou surdité subite non récupérée).

Il est donc essentiel de consulter rapidement au moindre doute, car plus la prise en charge est précoce, plus le pronostic auditif est favorable.

Enfant avec surdité de perception en classe : difficultés d’attention et besoin de soutien adapté

La surdité dès la naissance ou survenue plus tard : comprendre les enjeux

Surdité congénitale : un enjeu de repérage précoce

La surdité congénitale est présente dès la naissance. Elle concerne environ 1 à 2 enfants sur 1000, faisant d’elle le déficit sensoriel le plus fréquent en France (Orphanet).

  • Origines possibles : anomalies génétiques (50 à 60 % des cas), infections de la mère pendant la grossesse (rubéole, CMV), complications à la naissance, prématurité extrême.
  • Importance majeure du dépistage dès la maternité, puis du suivi des enfants à risques (néonatalogie, antécédents familiaux…)
  • Une prise en charge intense dans les premiers mois (appareillage, orthophonie, guidance familiale, adaptation de l’environnement) optimise le développement du langage quel que soit le mode de communication choisi.

Surdité acquise et perte auditive dans la vie

La surdité acquise survient après la naissance, à tout moment de la vie.

  • Exemples fréquents chez l’enfant et l’adulte :
    • Otites chroniques
    • Exposition prolongée aux bruits intenses (concerts, travaux…)
    • Maladies de l’oreille interne ou traitements médicaux
    • Lésions traumatiques
  • Les besoins d’accompagnement scolaire ou professionnel, social ou psychologique, doivent être adaptés à ce contexte souvent déroutant et parfois mal vécu.
Comprendre les différents types de surdité pour mieux orienter le diagnostic et l’accompagnement

Vigilance, repérage et accompagnement : la clé pour une vie inclusive

Distinguer une surdité de perception d’une atteinte de transmission, comprendre la différence entre une surdité unilatérale et bilatérale, ou encore repérer une surdité évolutive : toutes ces nuances orientent l’accompagnement et favorisent un quotidien plus accessible. Dès la suspicion d’une gêne, il faut agir : informer l’entourage, consulter un spécialiste, et enclencher les démarches permettant un diagnostic précis.

Ces repères sont essentiels pour sensibiliser à la réalité des personnes sourdes ou malentendantes, et donner à chacun — enfant, adulte, parent ou professionnel — les meilleures chances de s’épanouir avec des solutions pensées pour chaque histoire de vie.

Sensibilisation à la surdité pour mieux accompagner enfants, adultes et professionnels

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